Conjuguer artisanal et digital


A l’heure du tout numérique, pour se hisser sur la toile, il est indispensable de saisir les ficelles du Web. Si bien qu’avec tous ces outils qui ont recomposé le paysage, on en oublierait presque que l’outil ne fait pas tout. Tout est dans l’art de l’utiliser. Avec dextérité, habileté, curiosité.

A première vue, tout semble opposer le travail artisanal et le digital. Le premier ayant une image bien ancrée dans le traditionnel, le palpable, un savoir-faire acquis à force de patience, de répétition où la notion du temps prend tout son sens. On voit l’artisan créer, ciseler, façonner la matière avec ses mains dans son atelier, lieu imprégné de sa personne.

A l’inverse, dans le digital tout se joue derrière l’écran, dans le virtuel, l’impalpable, l’immédiateté. Le travail se nomadise, la notion de temps s’effrite. On vit dans l’instant. Démarche hâtive. A peine une info diffusée devient-elle obsolète. La dernière balayant les précédentes.

 

Sous un même chapeau

Et pourtant artisanal et digital, que tout semble éloigner, ont un chapeau commun. Il est amusant de constater que le terme “digital” prend sa source dans “digitus”, le doigt. Comme pour donner à la technologie un côté palpable, avec le besoin d’y introduire une touche humaine.

Dans le digital, ce qui prime pour l’utilisateur, c’est ce qu’il vit et ressent, l’émotion. Au-delà de la qualité de l’information, ce qui fait la différence, c’est la façon dont elle est délivrée. Avec fluidité et impact. Cela demande de concilier un tas de paramètres dont le design, le choix des mots, l’ergonomie, la performance technique. Mixer le tout exige imagination et dextérité. Comme l’artisan qui au bout de tant d’années accède à cette évidence.

L’expérience utilisateur prime. La technologie, le code n’étant plus que des moyens qui doivent se faire oublier en arrière-cuisine.

 

Le processus créatif : un cheminement visuel

Quel que soit le produit final, qu’il soit artisanal ou digital, le processus créatif est le même.

Le digital ne change pas la donne dans la survenue de l’idée et sa maturation, faisant appel à l’ingéniosité de ceux qui ont imaginé un cheminement : le parcours utilisateur. Tout cela en images bien avant de les traduire en termes techniques.

Comme Albert Einstein qui déclarait « penser en images » et non à coup de formules ou raisonnements cartésiens, la plupart de ses découvertes reposent sur des expériences de pensées très visuelles. Il affirmait « les éléments de pensée sont, dans mon cas, de type visuel ». Et d’ajouter que les mots destinés à exposer sa pensée ne viennent qu’après et «laborieusement».

 

L’artisan du Web, dompteur de technologie

Ainsi, apparaît qu’un bon développeur est un artisan hors pair, alliant flair et technique, pour faire le trait d’union entre design, ergonomie et performance technique. Il travaille non plus seul mais en collectif où chacun œuvre à apporter de la matérialité, de la chaleur, de la convivialité au message.

Plus la technologie est pointue, plus elle risque de nous happer et c’est le rôle de l’artisan du Web de la modeler, l’adapter. La finalité de tout ça, c’est le message à délivrer. Message enveloppé dans un cocon visuel et sensoriel fait de mots, d’images, de sons et de mouvements.

Et face à la multiplication des sites et plateformes Web, le retour à la simplicité s’impose de façon criante. Les applications, les sites doivent être intuitifs, dépouillés du superflu, pour que l’internaute se sente accueilli et non assommé, guidé mais libre de cheminer, sans être gavé par une succession de panneaux publicitaires clignotants comme sur une autoroute encombrée.

Aller à l’essentiel, c’est savoir s’arrêter, non pas quand il n’y a plus rien à ajouter mais… plus rien à enlever !